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Charte des psychothérapeutes relationnels - Toulouse - Manosque

Dans le prolongement de l’amendement Accoyer et de tout le mouvement qui a suivi (voir actualité), une réflexion pour « une psychothérapie non médicale, indépendante et réglementée » a été menée, débouchant notamment sur le projet d'une charte susceptible de dire la spécificité de la psychothérapie qui se qualifie de «relationnelle» (telle la PNL ou l'hypnose éricksonienne).

Le texte tel qu'il est parait déjà atteindre cet objectif.

Liminaire

Il n’y a pas «une» psychothérapie mais bien «des» psychothérapies et voire même plutôt «des praticiens» de la psychothérapie tant la pratique de chacun, résultat de l’intégration personnelle de ses différentes expériences et formations, est différente, donnant à « la » psychothérapie toute sa richesse et sa complexité.
Clarifier le champ de la psychothérapie, plutôt que de chercher à le réserver aux uns ou aux autres dans un corporatisme asséchant, nécessite d’identifier, au-delà du clivage des formations, des familles de pratiques permettant aux praticiens de se distinguer et de se regrouper selon leur pratique effective de la psychothérapie.
Dans cette charte, c’est la déclinaison « relationnelle » de la psychothérapie qui tente de se définir.
La principale racine historique de cette famille de pratiques est la psychanalyse dont on trouve l’héritage dans les points fondamentaux suivants :
- la prise en compte des phénomènes non conscients de l’expérience du sujet,
- l’exploration des liens et investissements qui se nouent entre le thérapeute et le thérapisant,
- l’aspect fondamentalement dynamique et conflictuel de la vie psychique,
- la thérapie comme expérience relationnelle au long cours dans laquelle le temps est un des éléments déterminants,
- le symptôme comme signe d’un quelque chose à découvrir et non comme problème à faire disparaître.
Cependant de nombreux psychothérapeutes relationnels s’appuient sur des méthodologies et des théorisations différentes de celle de Feud qui prennent notamment en compte la personne dans toutes les dimensions de son expérience : intellectuelle, émotionnelle, corporelle, etc. et dans les difficultés de sa vie actuelle comme dans celles de son histoire.
Ces points fondamentaux ont des conséquences sur la formation et la pratique qui sont détaillés dans la charte mais que l’on peut résumer à travers les cinq critères du SNPPsy :
• psychothérapie personnelle approfondie,
• formation spécifique à une approche relationnelle de la psychothérapie,
• supervision régulière de la pratique,
• engagement déontologique,
• agrément par un collège de pairs pluraliste et indépendant de la structure de formation.

Charte des psychothérapeutes relationnels

Les instituts ou écoles de formation de psychothérapeutes transmettent différentes approches de psychothérapie mais c’est la pratique effective du psychothérapeute qui détermine son caractère relationnel et non l’école ou l’approche dans laquelle il a été formé. Le caractère relationnel de la pratique, qui n’est qu’une des déclinaisons possible de la psychothérapie, est indépendant et transversal aux différents courants et instituts de formation.

1. Visée du psychothérapeute relationnel

Le psychothérapeute relationnel est un praticien qui s’appuie sur le lien thérapeutique et les investissements qui s’y nouent pour :
accueillir la souffrance existentielle, relationnelle, sociale, institutionnelle, etc., du thérapisant,
l’écouter dans les différentes dimensions de son être : intellectuelle, émotionnelle, corporelle, spirituelle, etc.,
permettre un changement par la prise de conscience des phénomènes inconscients que le thérapisant met en jeu dans son rapport à lui-même, aux autres et au monde.
La souffrance existentielle n’est en aucun cas une maladie, ni le symptôme d’un écart à une quelconque norme, écart qui aurait à être réduit pour aboutir à un état « normal ». Cette souffrance signe notre humanité et se sont les façons figées et répétitives de « faire avec » cette souffrance qui peuvent être mises au travail, tout effacement ne pouvant être obtenu qu’au prix d’une aliénation supplémentaire.
Le changement ou la transformation du symptôme, quand symptôme il y a, est un effet de la visée du psychothérapeute relationnel et non le but essentiel à atteindre. Ce symptôme présenté par le thérapisant n’est pas considéré comme individuel et localisé mais comme relié au vécu du thérapisant dans son ensemble et comme un fait relationnel ou une modalité relationnelle. C’est ce thérapisant qui, à ce moment de son histoire, présente ce symptôme et à ce thérapeute, à ce moment de l’histoire de la relation thérapeutique.

2. Mise en œuvre de la visée relationnelle

La relation thérapeutique constitue à la fois le support et le vecteur de la pratique du psychothérapeute relationnel. Elle est le moyen de découvrir les modalités relationnelles privilégiées que le thérapisant met en œuvre, en particulier avec ce thérapeute, et l’occasion d’en expérimenter de nouvelles. La relation s’instaure entre un thérapisant particulier et un thérapeute particulier pour une rencontre spécifique et singulière qui constitue l’essence même de la psychothérapie relationnelle.
La relation thérapeutique requiert une capacité à être en relation, à l'éprouver, à l'habiter, à s'y laisser prendre, à s'en dégager, à y retomber, à s'y perdre, à s'en déprendre, à s'y laisser transformer, etc., irréductible à l’application, par un praticien interchangeable, d’un savoir ou d’un savoir faire à un symptôme bien diagnostiqué.
Elle n’est pas non plus réductible à la seule alliance thérapeutique que l’on pourrait souhaiter aussi bonne que possible pour que le travail effectué au cours de la séance porte ses fruits. Elle ne peut pas non plus être rabattue sur la seule réactualisation de stratégies relationnelles anciennes acquises par le thérapisant au contact des personnes marquantes de son histoire.

3. Conditions de possibilité de la pratique

Pouvoir accueillir la souffrance et l’expérience spécifique du thérapisant nécessite d’avoir soi-même traversé différentes épreuves et expériences de la vie. Viser la mise à jour des phénomènes produits inconsciemment par le thérapisant requiert que le praticien n’envahisse pas inconsciemment la relation thérapeutique de ses propres modalités relationnelles. L’expérience d’une psychothérapie personnelle constitue donc la condition nécessaire de la pratique de la psychothérapie relationnelle et le fondement de sa mise en œuvre.
Devenir psychothérapeute relationnel requiert que l’étudiant ait mis au travail son désir et sa motivation à devenir thérapeute, ses représentations (de l’homme, du monde, de la situation thérapeutique, de l’acte psychothérapeutique, etc.), ainsi que les phénomènes qu’il met en jeu inconsciemment dans cette place de thérapeute. Cette mise au travail s’effectue notamment au contact des savoirs véhiculés par les instituts de formation et au travers des pratiques sécurisées et encadrées des formations expérientielles qu’ils proposent.
Quelles que soient la durée et la qualité des psychothérapies et des formations suivies par le psychothérapeute, une part incommensurable de son expérience dans la relation thérapeutique continuera à se dérouler inconsciemment. Dès lors, viser la mise à jour des phénomènes inconscients en jeu dans la relation thérapeutique nécessite que le thérapeute se donne les moyens, notamment au travers d’une supervision régulière de sa pratique, que devenir conscient des phénomènes qu’il continue à produire inconsciemment dans cette relation.
C’est l’intégration de ces différentes expériences (de vie, personnelle, affective, professionnelle ; de ses propres psychothérapies ; de ses formations spécifiques, impliquantes et transformantes, à la psychothérapie ; de ses supervisions ; etc.) qui confère la capacité à être en relation, cœur de la pratique relationnelle de la psychothérapie, et qui donne sa légitimité et sa spécificité au psychothérapeute relationnel. Ces expériences, conditions de possibilité de l’exercice de la psychothérapie relationnelle, ne peuvent pas être proposées par l’université.
Au terme de ce cursus, d’une confrontation à des pairs et dans une réflexion à mener continûment au cours de sa carière, le praticien a à déterminer si sa pratique entre dans le cadre de la spécificité relationnelle de la psychothérapie.
Les représentations explicites ou plus généralement implicites qui soutendent la pratique du psychothérapeute relationnel sont issues de : son cheminement de vie, ses psychothérapies, ses formations, etc., et ne peuvent s’apparenter à un corpus théorique uniformément admis et partagé. Pour continuer à faire évoluer et à interpeller sa pratique le psychothérapeute relationnel doit, dans une attitude de chercheur, réfléchir sur sa pratique et se confronter à d’autres façon de penser tout au long de son exercice professionnel.

4. Rapports aux autres disciplines

Les disciplines qui alimentent la réflexion du psychothérapeute relationnel sur sa pratique sont nombreuses : anthropologie, épistémologie, histoire, langage, philosophie, psychanalyse, psychologie, psychopathologie, sociologie, systémique, etc. Si ces savoirs devaient être dispensés par l’université, ce devrait être dans le cadre d’un cursus spécifique car, du point de vue de la psychothérapie relationnelle, aucune de ces disciplines ne peut prétendre prévaloir sur les autres.
Même s’ils sont importants, ces savoirs intellectuels ne sauraient en aucun cas constituer le fondement de la pratique du psychothérapeute relationnel. Cette pratique constitue une discipline spécifique dont l’objet est la situation thérapeutique ou la relation thérapeutique, bi personnelle ou groupale, mais en aucun cas la personne, la psyché, ou la maladie. Le « symptôme du thérapisant » est conçu comme un fait de la relation ou une modalité relationnelle.
Si la psychopathologie, au sens de nosographie d’une psyché individuelle, est un des savoirs qui alimentent la pratique et la réflexion du psychothérapeute relationnel, la symptomatologie qui lui est indispensable est celle de la relation, une nosographie de la situation thérapeutique, bi personnelle ou groupale.
Le psychothérapeute œuvre dans un champ et pour une pratique limités. Lorsque la situation l’impose et sans pour autant mettre un point d’arrêt à la thérapie, il doit savoir sortir de son devoir de réserve que sa pratique lui impose pour adresser le thérapisant ou l’inviter à s’adresser à un autre praticien que se soit dans la domaine médical ou para médical (médecin, psychiatre, ostéopathe, etc.) ou dans tout autre domaine (avocat, juge, policier, etc.).

5. Encadrement et évaluation

La psychothérapie relationnelle est un service rendu dans un contexte intime à une personne qui le sollicite généralement dans un moment de fragilité, de difficulté, de souffrance ou de détresse, relationnelle, sociale, institutionnelle, etc. Cette dimension, que le psychothérapeute relationnel partage avec les autres praticiens de la relation d’aide, requiert de sa part un engagement à respecter un code de déontologie garantissant qu’il se place au service du thérapisant et non au service de la réalisation de ses propres désirs.
La capacité d’implication du thérapeute dans la relation thérapeutique, qui constitue l’essence de la psychothérapie relationnelle, varie en fonction du thérapisant. Elle n’est donc pas évaluable directement et ne peut pas s’appuyer sur une évaluation des connaissances et des savoirs du thérapeute. En cohérence avec ce qui confère sa légitimité et sa spécificité au psychothérapeute relationnel, c’est seulement dans le cadre de l’expérience d’une rencontre vécue avec un collège de pairs que cette capacité peut être approchée. Ce processus, visant à connaître plus qu’à évaluer le candidat et sa pratique, est une épreuve de passage pouvant l’amener à se reconnaître avec des pairs sur des valeurs et des fondements communs et non un examen diplômant conduit par des maîtres supposés savoir.
L’issue et la qualité du travail effectués dans une psychothérapie relationnelle dépendent de la relation intime et inscrite dans le temps qui s’est tissée entre thérapeute et thérapisant. L’évaluation intrinsèque du seul thérapeute ne saurait donc prétendre à garantir l’issue ou la qualité du travail thérapeutique réalisés puisque ceux-ci sont justement l’affaire d’une paire spécifique thérapeute-thérapisant et de la relation humaine qu’ils vont tisser. Cependant, cette évaluation par des pairs participe de l’obligation de moyens à laquelle est tenu le praticien.